Numérique : quelle place lui accorder dans l’orientation des jeunes ?

Depuis les années 50, de nombreuses approches sur l’orientation se sont développées dans une volonté d’autonomisation des jeunes dans leurs choix par rapport à leur orientation, parmi lesquelles :

  • La psychopédagogie de l’orientation professionnelle1
  • L’Activation du Développement Vocationnel et Personnel2
  • L’approche orientante3 4

Au niveau de l’Education Nationale, les PsyEn (Psychologues de l’Education Nationale) utilisent dans leur quotidien pour accompagner les jeunes dans leur orientation, différents sites d’information (ONISEP par exemple) et des tests psychométriques, sans oublier des outils plus ludiques comme des quiz, des vidéos ou des jeux interactifs.

En effet, un rapport officiel sur l’orientation5 propose de développer la « compétence à s’orienter » par un mix entre le présentiel et le numérique, grâce à des « connaissances de soi, de son identité, stratégies d’apprentissage, développement des compétences sociales, capacité de recherche d’information sur les métiers et les formations, capacité de prise de décision ».6

Ainsi, cet article aura plusieurs vocations, parmi lesquelles :

  • Montrer les attentes des institutions par rapport aux nouvelles technologies sur l’orientation scolaire et professionnelle
  • Confronter ces attentes aux préoccupations des jeunes et à leur imaginaire sur l’orientation
  • Déterminer une posture professionnelle précise et adaptée pour répondre aux besoins des jeunes par rapport à leur orientation.

L’orientation et les jeunes : entre virtuel et réel

Tout d’abord, il existe une contradiction flagrante entre d’un côté de nombreux outils digitaux à disposition des jeunes pour avoir accès à des informations sur l’orientation et de l’autre côté un manque d’information et d’accompagnement ressenti par ces derniers, qui est aussi dû à leur désintérêt pour la recherche de formations et de métiers7, sans oublier leur peur de se confronter à leur orientation.

Par exemple, les demandes d’entretien pour l’orientation viennent rarement des jeunes, mais plutôt des professeurs principaux. En effet, les adolescents ont souvent peur de s’exprimer sur des choses non maîtrisées ou qu’ils leur font peur, comme ils sont confrontés à eux-mêmes.

Enfin, les jeunes s’orientent le plus souvent sans avoir expérimenté la réalité professionnelle8, hormis une semaine en troisième, mais cela reste léger. Ainsi, les supports d’information sur l’orientation (vidéos, articles et forums de discussion), mais aussi les Journées Portes-Ouvertes ou les immersions en classe, permettent aux jeunes de se projeter dans l’avenir, sans qu’ils n’expérimentent complètement l’avenir.

Le numérique dans l’orientation est un allié précieux à condition d’être vigilant

Premièrement, même si le numérique donne la sensation de pouvoir tout savoir en un clic, cela ne permet pas d’échapper à ses propres questionnements et sentiments personnels sur le fait de devoir faire un ou des choix d’orientation.

De plus, les jeunes adolescents savent souvent (pas tout le temps !) mieux utiliser les nouvelles technologies que les professionnels de l’orientation. Donc, ils ne prennent pas les professionnels au sérieux et peu de transferts intéressants sont réalisés au niveau des connaissances transmises notamment.

Enfin, beaucoup d’acteurs, notamment dans l’enseignement supérieur privé et en particulier les écoles de commerce, jouent sur la confusion des termes (Master ou Mastères) ou de la nature de l’information (publicitaire ou descriptive), ce qui embrouille les jeunes et fait qu’ils ne trouvent pas la bonne information selon leurs besoins spécifiques.

L’aspect psychologique de l’orientation est mis volontairement de côté par l’Education Nationale

Nous assistons depuis plusieurs années au fait que les missions liées à l’orientation sont confiées aux CPE et enseignants en lieu et place des PsyEN qui voient leur rôle se réduire et potentiellement disparaître dans un horizon proche.

De plus, les professeurs et CPE ont des missions à côté qui remplissent leur emploi du temps à 100% et ne sont pas formés à la psychologie de l’orientation. Cela aboutit à une rareté des occasions pour que les jeunes puissent prendre la parole sur leur orientation. Ces derniers sont abandonnés à leurs ressentis, doutes, peurs et espoirs sur l’orientation.

A noter : Le cheminement sur son processus d’orientation est plus important que les choix liés à l’orientation en eux-mêmes !9

Pour conclure, « Savoir, c’est savoir organiser des parcours, organiser de nouvelles grandes routes. Ce n’est pas se noyer dans le sens commun et l’accumulation ordinaire ».10

En ce sens, l’alliage entre le numérique et les professionnels de l’orientation est nécessaire afin de donner aux jeunes toutes les capacités pour les accompagner dans leurs choix et leurs prises de décision concernant leur orientation scolaire et professionnelle. Il est important de laisser les jeunes se confronter à eux-mêmes sur ce sujet.

Lacan disait dans les années 70, que le choix d’orientation met chacun face à soi-même et à la réalité, sans pouvoir se la représenter concrètement, puisqu’’on ne l’expérimente pas.

Sources

Méloni, D. (2019). L’orientation professionnelle avec le numérique : du virtuel, encore de l’imaginaire et toujours du réel. Cliopsy, 22(2), 15-29.

  1. Léon, A. (1957). Psychopédagogie de l’orientation professionnelle. Paris : PUF. ↩︎
  2. Pelletier, D., Noiseux, G. et Bujold, C. (1974). Développement vocationnel et croissance personnelle : approche opératoire. Toronto : Mac Graw-Hill. ↩︎
  3. Ferré, S. (2005). Pour une approche orientante de l’école française. Paris : Éditions Qui plus est. ↩︎
  4. Pelletier, D. (2004). L’approche orientante : la clé de la réussite scolaire et professionnelle. Sainte-Foy : Septembre Éditeur. ↩︎
  5. Charvet, P. (2019). Refonder l’orientation. Un enjeu État-régions. ↩︎
  6. Laurent, É. (2017). Jouir d’internet. La Cause Du Désir, 97(3), 11-21. ↩︎
  7. CNESCO. (2018). Comment construire un parcours d’orientation tout au long de la scolarité ? Dossier de synthèse. ↩︎
  8. Tisseron, S. (2013). Subjectivation et empathie dans les mondes numériques. Paris : Dunod. ↩︎
  9. Méloni, D (2016). A escolha de uma orientação vocacional: uma oportunidade de trabalho psíquico para o adolescente – [Le choix d’une orientation professionnelle : une occasion de travail psychique à point nommé pour l’adolescent]. Revista Latinoamericana de Psicopatologia Fundamental, 19(4), 647-662. ↩︎
  10. Laurent, É. (2017). Jouir d’internet. La Cause Du Désir, 97(3), 11-21. ↩︎